Guide de recommandations
Posté le 02/04/2020

INTRODUCTION AU GUIDE

Madame, Monsieur,
Cher(ère) professionnel(le) du secteur des maisons de repos,
Chers proches de résidents,

Nul ne peut contester que le COVID-19 est source de préoccupations grandissantes pour toute personne concernée par le contexte de vie et de travail au sein des maisons de repos. A l’heure actuelle, certaines maisons de repos sont épargnées ; d’autres doivent au contraire faire face à la gestion de personnes (résidents et/ou professionnels) infectés. Dans tous les cas, les résidents subissent depuis plusieurs semaines déjà un confinement (nécessaire) au sein de leur structure, parfois même dans leur chambre ; les activités sont supprimées et les visites forcément interdites. Dans ces conditions, l’isolement des résidents est grandissant, de même que leur sentiment de solitude, ce qui a logiquement un impact sur leur santé physique et mentale.
En vue de pallier ce sentiment de solitude accru chez certains résidents, nous vous proposons un guide de recommandations par rapport à la question du « comment favoriser le maintien des liens entre les résidents en maison de repos et leurs proches ? ». Élaboré sur base de nos connaissances scientifiques et cliniques, ce guide se veut volontairement bref et pratique. Il est complété par une explication détaillée des avantages et inconvénients des différentes initiatives proposées (téléphone, appels vidéos, etc.).

Nous sommes bien conscients que ce guide n’est que peu de choses dans la situation actuelle et qu’il comprend des dispositifs que certain(e)s d’entre vous utilisent déjà. Néanmoins, n’hésitez pas à le consulter et à le diffuser à tout un chacun concerné, d’une manière ou d’une autre, par le contexte des maisons de repos. De plus, n’hésitez pas à nous communiquer, via l’adresse upsysen@ulg.ac.be, tout exemple d’initiative ou dispositif que vous avez mis en place dans votre maison de repos ou avec votre proche vivant en maison de repos. Ces informations nous permettront d’enrichir ce guide, de le faire évoluer sur base de votre réalité et de votre expertise. Nous espérons que ce développement restera utile au delà de la crise sanitaire actuelle.

Dernier élément, il n’est pas question ici de dire qu’il faut privilégier un dispositif par rapport à un autre et n’utiliser qu’un mode de communication. Il semble pertinent au contraire de diversifier les outils pour combiner les avantages/inconvénients de chaque modalité de communication.

 

A noter au préalable qu’une version courte du guide de recommandation peut-être téléchargé au format pdf via le lien suivant: Recommandations (version courte)

 

 

LETTRES/DESSINS/ETC. **

 

Plusieurs initiatives nous ont été rapportées de proches déposant un panier contenant des denrées alimentaires à destination du résident ; panier accompagné d’une lettre et/ou de dessins des petits enfants. Cette lettre ou ces dessins sont parfois également transmis par voie postale.

 

Avantages :

  • Risque sanitaire faible. Toutefois, certaines informations (comme récemment sur le site du Monde.fr) suggèrent que le courrier papier peut être contaminé par le virus et qu’un délai de 24h entre la réception d’un courrier et sa transmission effective est nécessaire si on veut totalement s’assurer que le virus ne soit plus « fonctionnel » ;
  • Geste et intention très positifs pour le résident ;
  • Possibilité pour le résident de garder le dessin ou la lettre et de les consulter à sa guise ;
  • Possibilité pour les professionnels d’utiliser la lettre ou les dessins comme base d’échanges avec le résident.

 

Inconvénients :

  • Moins concret que le téléphone ou l’appel vidéo (type Skype) ;
  • Souvent moins fréquents et plus ponctuels ;
  • Communication unidirectionnelle: le résident reçoit des nouvelles. Il peut en donner en retour en utilisant lui-même la forme courrier (pour autant qu’il soit en mesure d’écrire une lettre et qu’on fasse le nécessaire dans la structure pour la poster) ;
  • Si le résident a des problèmes visuels ou des troubles cognitifs, nécessité d’une intervention d’un professionnel pour lire la lettre ;
  • Pour un résident désorienté, impact moindre d’un message par courrier/dessin par rapport à un échange verbal et/ou visuel.

 

 

EMAIL ***

 

L’email implique une adresse courriel centralisée de la structure où les familles peuvent envoyer leurs messages. Ceux-ci doivent alors être transmis (éventuellement après impression papier) aux résidents.

 

Avantages :

  • Facile;
  • Plus rapide et moins couteux que la poste ;
  • Par rapport au courrier, ajout plus aisé (pour certains proches) d’autres contenus comme par exemple une ou des photos illustrant leur message ;
  • Par rapport au courrier, risque sanitaire plus réduit.

 

Inconvénients :

  • Moins concret que le téléphone ou l’appel vidéo (type Skype) ;
  • Souvent moins fréquents et plus ponctuels ;
  • Parfois considéré comme moins personnel, plus « froid » que le courrier postal ;
  • Communication unidirectionnelle : le résident reçoit des nouvelles. En donner en retour est complexe. Le résident peut dicter un message à un professionnel, mais c’est contraignant et donc moins probable ;
  • Si le résident a des problèmes visuels ou des troubles cognitifs, nécessité d’une intervention d’un professionnel pour lire l’email ;
  • Pour un résident désorienté, impact moindre d’un message par email par rapport à un échange verbal et/ou visuel.

 

  

LE TELEPHONE ***

 

Les avantages/inconvénients liés à l’utilisation du téléphone vont nettement dépendre de si celui-ci est l’appareil personnel du résident (soit le téléphone fixe de sa chambre soit son propre téléphone portable) ou si c’est un téléphone partagé (soit un téléphone commun à plusieurs résidents soit un téléphone appartenant à une autre personne).

 

  1. Téléphone du résident

 

Avantages :

  • Utilisation au bon vouloir du résident (il peut appeler ou être appelé à tout moment ! ), d’où possibilité de contact direct (audio) fréquent avec un proche ;
  • Faible risque de contamination pour autant que le résident soit en effet le seul à utiliser cet appareil, et que son téléphone soit désinfecté ponctuellement ;
  • Contact bidirectionnel: le résident prend des nouvelles de ses proches et en donne.

 

Inconvénients :

  • Absence de contact visuel entre résident et proche (sauf si c’est un téléphone portable et que la communication a lieu via une application telle que « FaceTime ») ;
  • Nécessite l’autonomie du résident dans l’utilisation de son téléphone.

Si un résident est désorienté, il faut alors l’intervention d’un professionnel pour (1) vérifier que le téléphone est fonctionnel (par exemple vérifier que la batterie est chargée si c’est un téléphone portable) ; (2) vérifier que le téléphone est accessible (ex : pas égaré dans une armoire ou tombé sous le lit) ; et (3) aider à son utilisation (aider pour la composition d’un numéro ou pour décrocher, etc.). !!! Si l’utilisation du téléphone nécessite l’aide d’un professionnel, beaucoup des avantages mentionnés préalablement deviennent caducs : (1) appeler et être appelé dépend de la présence ou non de l’aide, ce qui génère une fréquence d’utilisation beaucoup plus faible en fonction de la disponibilité de l’aide ; et (2) la personne qui aide doit impérativement s’assurer des mesures d’hygiène (désinfection des mains) et éviter de porter le téléphone à sa bouche.

 

  1. Téléphone autre que celui du résident

 

Avantages :

  • Contact direct (audio) avec un proche quand l’utilisation du téléphone est possible ;
  • Contact bidirectionnel: le résident prend des nouvelles de ses proches et en donne.

 

Inconvénients :

  • Absence de contact visuel entre résident et proche (sauf si c’est un téléphone portable et que la communication a lieu via une application telle que « FaceTime ») ;
  • Nécessite l’intervention d’une tierce personne pour donner accès au téléphone et selon les résidents, pour aider à son utilisation ;
  • Risque sanitaire plus important vu la présence de multiple utilisateurs pour un même téléphone (téléphone pris en main, téléphone placé près de la bouche lors de l’utilisation, etc.). Cela nécessite donc de grandes précautions en matière de désinfection de l’appareil et d’hygiène des mains.

 

 

LE VISIOCONFERENCE OU L’APPEL VIDEO ****

 

Les types de dispositifs permettant un appel vidéo sont maintenant nombreux. Il y a bien sûr les smartphones récents mais aussi de plus en plus les tablettes tactiles.

A noter que pour les tablettes, deux grandes catégories sont à distinguer : (1) les tablettes ne fonctionnant qu’avec le WIFI ; et (2) les tablettes permettant une connexion via le WIFI et/ou la 4G. En permettant l’insertion d’une carte SIM, cette seconde catégorie de tablettes fonctionne comme un téléphone. En conséquence son utilisation n’est pas contrainte par la disponibilité d’un dispositif WIFI dans la structure. Par ailleurs, ces technologies se démocratisent de plus en plus (à partir de 100-150 € pour un dispositif avec 4G).

A noter encore que les tablettes présentent des écrans plus grands qui sont plus agréables d’utilisation dans le cas de visioconférence et plus adaptés à un public de personnes âgées comparativement à la petite taille des écrans des smartphones.

 

Avantages :

  • Contact direct (audio et vidéo !) avec un proche ;
  • Contact bidirectionnel: le résident prend des nouvelles de ses proches et en donne ;

La combinaison du caractère « bidirectionnel » et « extrêmement concret » des contacts établis via une visioconférence amène un impact de la communication beaucoup plus puissant ainsi qu’un meilleur vécu de la communication !

  • « Sécure » du point de vue sanitaire pour autant que la tablette soit désinfectée après chaque utilisation (surtout dans le cas d’emploi d’une tablette commune !) ;
  • Utilisable avec des résidents désorientés et moins autonomes (ils n’ont aucun élément à manipuler ; c’est le professionnel qui gère l’accès au dispositif et son utilisation). La vidéo aura également un impact plus important sur la réception/compréhension du message ;
  • Positif pour les familles qui peuvent plus concrètement se rendre compte que le résident va bien.

 

Inconvénients :

  • Nécessité de croiser trois agendas: celui du résident, de son(ses) proche(s) et d’un professionnel (en cas de tablette commune et d’absence d’autonomie par le résident dans l’utilisation de la tablette). Cette contrainte peut constituer un frein à l’utilisation d’une tablette (« faire que tout le monde soit disponible au même moment »), et donc limiter son utilisation ;
  • Charge plus grande pour les professionnels dans la mise à disposition et l’organisation du dispositif (coordination agenda, gestion tablette commune, aide à l’utilisation, etc.) ;
  • Hormis si l’appel était enregistré, le résident n’aura l’occasion d’écouter qu’une seule fois le message (contrairement à une capsule vidéo qui peut être revue à plusieurs reprises) ;

 

Comme complément intéressant, la Fondation Médéric Alzheimer a mis à disposition un guide d’utilisation des tablettes numériques (guide-tablettes-numeriques) pour tous les séniors afin de participer à la lutte contre l’isolement des personnes âgées.

 

Toujours en lien avec les tablettes, toutes les structures ne disposent pas du matériel nécessaire. Dans ce sens, consultez cette super initiative! Pour rompre l’isolement, aSmartWorld, avec son initiative Connecting Families, offre des smartphones reconditionnés aux maisons de repos en vue de reconnecter les seniors avec leurs familles et proches!

 

 

CAPSULES VIDEOS *****

 

Les capsules vidéos sont des petits enregistrements vidéos de quelques secondes ou minutes réalisés en mode « selfie » ou avec l’aide d’une autre personne qui s’occupe de filmer.

Ces vidéos sont réalisées via un smartphone, une tablette ou une webcam.

Le principe est, plutôt que de prendre une photo, d’enregistrer une information vidéo de quelques secondes à plusieurs minutes. Cet enregistrement peut inclure simultanément plusieurs membres de la famille (enfants, petits-enfants, etc.) qui communiquent de façon humoristique/positive un message au résident (ex : « Mamy, tu as vu comme je jongle bien ! » ; « Mamy tu as vu ma nouvelle chambre ! » ; « Papy, je t’aime et je pense bien à toi ! » ; « Moi, pour le moment, je fais un peu de bricolage dans la cuisine comme tu peux voir » ; « Papa, je dois repeindre le mur de ma cuisine mais je ne sais pas trop bien quel enduit mettre ni quelle peinture choisir … » ; « Papa, je viens de retomber sur la vidéo du premier concert de Queen que nous avions été voir ensemble, c’était génial … ; c’est grâce à toi que j’ai découvert ce groupe ».

ATTENTION ! Il convient de veiller à ce que l’inverse soit possible ; à savoir effectuer des capsules vidéos à l’intention des proches. Plus concrètement, il s’agit de filmer avec un smartphone une réponse du résident à destination de ses proches, ou plus simplement un message que le résident souhaite leur transmettre. Si le résident est désorienté ou présente des difficultés d’expression verbale, un professionnel peut filmer le résident dans une situation de la vie de tous les jours (un repas, une activité, etc.) et faire suivre cette séquence à la famille.

 

Avantages :

  • « Sécure » du point de vue sanitaire, pour autant que le dispositif d’enregistrement soit désinfecté après chaque utilisation ;
  • Plus facile à gérer du point de vue organisationnel comparativement à l’appel vidéo en direct. Les capsules vidéos réalisées par les proches peuvent être envoyées par e-mails, WhatsApp (ou autre application; le dispositif pouvant varier selon les institutions et les facilités de chacun) et idéalement centralisées sur un ordinateur de la MR/MRS. Les vidéos peuvent alors être automatiquement activées d’une tablette au moment décidé par la structure en fonction de la disponibilité des professionnels, du résident et du matériel (ex : une vidéo peut être reçue le matin et diffusée l’après-midi ou le lendemain selon les circonstances du moment). De même, les capsules vidéos réalisées par les professionnels peuvent être envoyées par e-mails, WhatsApp (ou autre application/dispositif) aux proches.
  • Adapté pour les résidents désorientés et moins autonomes qui n’ont aucun élément à manipuler. La vidéo aura également un impact plus important sur la réception/compréhension du message ;
  • Positif pour les familles qui peuvent se rendre plus concrètement compte que le résident va bien et le voir dans des situations de sa vie quotidienne ;
  • Accumulation/archivage de séquences vidéos que le résident peut regarder à d’autres moments (un peu comme un album photo). Nous sommes donc dans des messages qui peuvent être vus à de multiples reprises et utilisés même un ou deux ans après ;
  • Au travers de ces capsules, les professionnels apprennent également à connaître le résident et son histoire de vie (ce qui peut amplifier leur empathie avec le résident, mais aussi les sujets de conversation) ;
  • Plus accessible à tous les membres de la famille, en ce y compris les petits-enfants ou arrières petits-enfants (donc plus de mobilisation possible de leur part).

 

Inconvénients :

  • Pas de communication en direct (pas d’échange questions/réponses en simultané) ;
  • Nécessite l’intervention de professionnels (tout en étant que la gestion est plus facile comparativement au téléphone ou aux appels vidéos) ;
  • Pas d’autonomie du résident ; à savoir que la consultation des vidéos est liée à la disponibilité d’un professionnel et du matériel (sauf bien sûr dans le cas de résidents recevant des séquences vidéos directement sur leur téléphone ou leur tablette et étant capables de les consulter et d’y répondre) .

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